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Comment tout commence…

Classé dans : Textes annexes — 23 avril 2014 @ 15 h 19 min

Le temps de silence correspond au premier paragraphe.

          J’ai douze ans. Tout le monde est couché. La ville s’est, cette nuit là, éprise d’un grand silence. Les murailles craquent doucement. Le puits clapote. Accoudé à la fenêtre, je regarde la place vide.

Comme s’il en pleuvait. Les éclats d’une armée de miroirs, brisés en plein vole au dessus de la ville. Éclatent et rebondissent, de plus en plus petit… comme une nuée abattue qui vient marteler les carreaux.. Le chant du signe qui décroit en de graves octaves. Enfumée, gazée. Le brouillard s’échappe de sous les pavés à mesure que les reflets de brisure s’y évanouissent, transformant les maisons de la place en une carte des astres. Derniers élans et sauts. La magie est engloutie.

Mille et une poupées parcourent cette nuit les rues du vieux Bourg. Mille et une étoffes déchirées battent doucement sur autant de paires de ballerines noires. Mille et un chapeaux de peau se frôlent au croisement des ruelles et les gants de cuir crissent silencieusement sur les pommeaux d’argent des épées aux fourreaux. C’est une véritable invasion de pantins noirs et mutilés dont le pas incessant se devine tout juste tant il frôle vite les pavés. Cela tourne et grouille dans une ronde de manteaux et fait voler la poussière et la brume des pavés au rythme de leur cavalcade. La foule des gens d’armes serpente entre les lampadaires de la place comme une nuée d’oiseaux sombres. Partout les mercenaires se rependent, fluides et organisés, scrutant chaque recoin de la ville, cernant les parvis, investissant tout boulevard, conquérant chaque rue. Et tout cela dans le plus profond respect du silence de la nuit. Il y a un malaise profond à sentir seulement cette armée de la rue car elle ne cliquette ni ne murmure comme quelque troupe ordinaire. Il ne s’agit pas de pillards beuglants et barbares comme on en voit tant en ces mondes mais de la signature d’un corps efficace et lugubre…
… à en oublier la science. La logique s’évanouit dans la danse des ombres. Ils sont ici pour moi. Me fixent sans un bruit de leurs yeux éteins. C’est pour moi, ce soir, qu’ils valsent sans détruire. Sans bruit. Révélant leur véritable essence. Celle des pantins endiablés. Me prend soudain des envies de jeux…! C’est cette nuit…! C’est l’appel du silence…! La corne de la décadence…!

J’attrape ma veste en laine, celle que maman m’a donnée l’année dernière, et j’enfile mon harnais par dessus. Pour avoir toujours mes affaires sur moi. Jumelles et stylos, je laisse mon sifflet d’alerte sur la table basse et descends sans faire de bruit l’escalier du taudis. Tout le monde dort. Le loquet ne grince pas. J’y ai mis du lubrifiant. Au cas ou. C’est cette nuit.

Carnaval de capes ! Je ne vois aucun visage ! Rien que des yeux vides qui suivent le mouvement de devant ! De magnifiques et grands danseurs dont le regard plane au dessus du sol, les mouvements décomposés comme une lente chorégraphie ! C’est la ronde des guerriers ! Les mains folles s’agitent dans l’obscurité aveuglante, se retrouve et se sépare en conglomérats d’entités. Je suis leur marche douce, imitant leurs pas. Petit au milieu de ces géants noirs.
Pas de regard lubrique ce soir. Plus de prétextes fallacieux pour expliquer les décisions d’adultes. J’avance avec la horde, minuscule perdu au milieu de leur masse rassurante. Respirant par accoue aux mince intervalles où j’entrevois le ciel entre deux roulement de têtes chapeautées. Comme un nageur de foule. Le bain et le tubas. Les rues défilent ! Si jeune au milieu du tout ! La nuit et le désert ! Le chérubin terrestre des dieux immortels… je suis ici pour avancer, encore et encore.
Toujours plus en avant ! Sans retournement ! Mes bras maigres battent la cadence douce de cette marche infernale… Les lieux s’effacent autour de moi… je ne discerne plus que le pas de marcheurs… ma laine se déchire… rejoins la horde… la peau s’effrite… si tard… ma montre coule sur mon poignet… comme tant d’autres avant… mon harnais tombe au sol… volontairement… je pense… aux autres, la survie je lègue. Hume la brise.

« Maman, je ne rentrerai pas ce soir. »

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