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- Lui -

Classé dans : Textes annexes — 23 avril 2014 @ 15 h 12 min

Un, deux, trois, quatre… quatre personnes sur la grand place couverte de neige. Neige brune, comme mêlée à nos cendres.

Maria a pleurée quand elle est tombée le premier jour. Le verglas sonnait son glas. Elle glissa sur la marche gelé de son taudis et se brisa la jambe droite. La tête dans la neige, personne n’a remarqué ses larmes au début. Il faut dire que nous, on était plutôt occupés à ouvrir la bouche pour choper des flocons. Rien à faire, ça avait le goût de terre. Karl retira le bandage de son bras pour se l’enrouler atour du cou. Ça lui faisait une écharpe rouge. Faut croire que foutu pour foutu, il s’était décidé à le couper. La vieille Amanda, elle, était toujours sous le pain. La météo n’avait pas l’air de la perturber. On murmurait qu’elle était morte de froid depuis déjà quelques jours. Je me souviens que ça m’avait rassuré. Voir cette petite figure emmitouflée dans les couvertures, recroquevillée sous le grand conifère. Ça faisait partie du quotidien, d’une certaine manière. Malgré la neige, rien n’allait vraiment changer.

Le Maire nous a rejoint rapidement. Il a demandé à Auguste d’aller tester ça sur ceux du dehors. On avait pas trop d’espoir. Pourtant c’était un robuste. Auguste n’est pas revenu et sa femme a pleuré. Alors on a déblayé la neige. On s’est réparti en équipes de quatre. J’étais avec Peter et Anna. C’était plus de la boue qu’autre chose, mais bon. Notre ville était devenue humide et maronnasse. Seuls les toits restaient immaculés. Les toits ont toujours été la partie la plus propre de la ville. Depuis qu’Anselme a disparut, plus personne n’y court. C’est le domaine des blattes. On n’ose pas trop les gêner, comme une sorte de contrat précaire. Entre vivants, on s’arrange. Virer l’eau nous a prit un bon moment mais on a découvert plein de trucs. Des vieux bouts de machins, des outils qu’on avait perdu dans la crasse ou des morceaux d’amis. Peter a même retrouvé un bout de fer pointu qui pouvait servir d’aiguille. Il est parti l’apporter à la vieille Amanda mais n’est pas revenu. Alors on a terminé à trois.

Le lendemain, ça avait reneigé. A partir de là, la vie a continué comme d’habitude. Sauf qu’on a fait l’économie de nos forces. On déblayait un peu à l’aube et on travaillait le soir. Les plus corpulents, ceux qui avaient pu manger avant, eux travaillaient toute la journée. Au matin du samedi, mon frère est mort d’épuisement. On s’est retrouvé à quatre, dans la maison, avec ma sœur et ma mère. J’ai eu de la place dans notre lit, cette nuit là. Même si les draps étaient plus froids. Ma mère me fixait depuis le canapé si doucement que j’aurai pu la croire morte. Ses yeux bleus me servaient de veilleuse. Elle léchait ses larmes.

La vie n’a plus continuée comme d’habitude. On n’a pas été réveillé par Baptiste qui se frappait d’ordinaire la tête contre notre mur, pour donner l’alarme. Il disait faire ça pour chasser le mal de crâne. J’ai rejoint mon groupe et j’ai demandé pourquoi Michael n’était pas là. On n’était plus que trois avec Anna, ça avait l’air de la déranger. On a recommencé à nettoyer. Ivan avait vomi aux alentours de une heure du matin, vu l’odeur. Ça sentait la banane. On savait à ça qu’il avait disparu aussi. Il avait du rouler un peu dans la ruelle, vu les traces de mains qu’il avait laissé en essayant de se relever. On aurait dit un barbouillage d’enfant. Anna n’était plus là. Je frissonnais.

Heureusement que nous étions encore ensemble. Je me retournais. Il était là, oblong et grouillant dans le noir. Comme un corps fait de courbes changeantes.

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